PÔVRE ECOLOGIE……

Delphine Batho, comique de l’État
samedi 20 juillet 2013

Par Fabrice Nicolino

Cet article a paru dans l’hebdomadaire Charlie Hebdo, le 10 juillet 2013

La blague est goûteuse, mais il est temps de passer à la suite. Batho se foutait autant de l’écologie que son bon maître François Hollande. Ceux qui tiennent vraiment le secteur restent prudemment dans les coulisses. Faudrait voir à pas trop déconner. Batho. Pauvre Batho, qui tombe à gauche, en martyr, prétendant avoir été la victime des lobbies industriels. C’est vrai, Hollande ne rêve que gaz de schiste, car il y voit le retour à la croissance. Et pour ce qu’on sait, ça frétille autour de l’Élysée et des industriels concernés, dont Philippe Crouzet, patron de Vallourec. Cette boîte fabrique des tubes sans soudure qui iraient très bien dans des puits de forage made in France. Et comme la tendre épouse de Crouzet est conseillère à l’Élysée, il était tentant pour Batho de sous-entendre un complot contre elle et l’écologie.

Selon les informations de Charlie, tout cela n’est que pipeau. Batho, très proche de Montebourg – grand défenseur du nucléaire et des gaz de schistes – aurait cru, selon l’un des principaux témoins du mélodrame, pouvoir renforcer sa position en poussant sa chansonnette, sans bien mesurer le risque. Pour ceux qui croient à la pureté de la dame, un coup d’œil sur son itinéraire, archipoliticien. Élevée à la belle école de Julien Dray – à 19 ans, en 1992, elle est propulsée par lui à la vice-présidence de SOS Racisme -, elle se passionne depuis quinze ans pour la police, au point de devenir dès 2004 secrétaire nationale du PS en charge de la sécurité. L’expression « ordre juste », brandie en 2007 par Ségolène Royal, c’est elle. L’encadrement militaire des jeunes voleurs, aussi.

On ne peut raconter, faute de place, par quel micmac elle se retrouve ministre de l’Écologie en juin 2012, mais la chose certaine est que le sujet l’emmerde, d’autant qu’elle n’y connaît que dalle. De très nombreux témoignages la montrent, elle ou ses sous-fifres, incapables de préparer ou tenir telle ou telle réunion technique. Mais surtout, elle aura soutenu du début à la fin la ligne politique d’un gouvernement pour lequel l’écologie n’existe pas. Prenons des exemples, ce sera plus clair. Comme ces gens s’en foutent, ils s’accrochent à ce qu’ils peuvent, comme la fameuse « transition énergétique », tarte à la crème des réunions interministérielles. Rappelons qu’il s’agit de préparer un monde où le charbon, le gaz, le pétrole laisseraient progressivement la place. En novembre 2012, quand il s’agit de trouver un « comité de pilotage du grand débat », Delphine Batho finit par y placer cinq membres. Deux venus du nucléaire – CEA, Areva -, deux autres dirigeant un Institut payé par Lafarge, Saint-Gobain, Total, Bayer, Vinci, etc., et un petit dernier qui mange dans la main des socialos.

Une Batho réellement courageuse aurait commencé par expliquer que l’administration centrale du ministère de l’Écologie est aux mains de la « noblesse d’État », pour reprendre le mot de Bourdieu. Les vraies orientations, les grandes décisions sont prises par le corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF), qui regroupe depuis 2009 les ingénieurs des ponts et chaussées – une institution née en 1716 – et les ingénieurs du génie rural, des eaux et des forêts (IGREF), dont les origines lointaines remontent à Philippe Le Bel. Les Ponts et le Génie rural sont les responsables directs des grands massacres écologiques perpétrés en France depuis deux siècles. Dont les barrages, les routes et autoroutes, les ports et aéroports, le remembrement, le maïs, l’arasement des talus boisés et des haies, la transformation de la forêt en objet industriel, le drainage des zones humides, sans oublier une partie notable du nucléaire. Exemple entre cent autres, Christian Leyrit. Ingénieur des Ponts, il est le chef – on parle comme cela – du corps des Ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts, mais aussi vice-président du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), qui fait la pluie et le beau temps au ministère de l’Écologie. Le CGEDD est en effet chargé officiellement des audits, du conseil, des expertises, de l’inspection.

Le vrai pouvoir est donc là. Le père Leyrit est, depuis avril 2013, président de laCommission nationale du débat public (CNDP), pot de vaseline destiné à faire avaliser par un « public » présélectionné et préenregistré les aménagements les plus pourraves. Qui l’a nommé à ce poste de grand manipulateur ? Ben oui, la Batho.

fabrice-nicolino.com

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1 réponse à PÔVRE ECOLOGIE……

  1. CLAUX Marie dit :

    Il y a fort à parier que ça finira par une révolution mais elle ne viendra pas des classes moyennes, vous ,moi, qui sommes inoffensifs car nous aurions trop à y perdre ! Ce jour-là, 1789 ne sera plus une date mémorable…

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