Les appétits pour l’exploitation de gaz et d’huile de schiste sont bien morts.

(…) Le miracle américain de l’huile de schiste, qui a tant compté dans le rebond de l’économie américaine après la crise de 2008, est en train de s’achever. Le monde financier, qui avait jusqu’alors soutenu le secteur sans trop y regarder, commence juste à réaliser la situation. La banque américaine Citigroup a publié le 11 septembre une note qui a fait grand bruit dans les milieux financiers, sonnant l’alarme chez tous ceux qui n’avaient pas encore pris la mesure du danger. « L’accès facile au capital a été le moteur essentiel de la révolution du pétrole de schiste. Mais trop de capital a conduit à trop de production et les prix se sont effondrés. (…) Le secteur fait face maintenant à des tensions financières, révélant le sale secret de l’huile de schiste : de nombreux producteurs dépendent des injections de capital pour poursuivre leurs activités car ils consomment largement plus que leur cash-flow. (…) Les marchés ont largement répondu à leurs besoins de financement de 2009 à la mi-2015. Mais ils sont en train de durcir leurs conditions, réduisant l’accès à la liquidité pour certains producteurs et leur capacité à exploiter leurs gisements. Avec déjà huit faillites annoncées depuis le début de l’année, les producteurs les plus faibles vivront ou mourront, selon les caprices de leurs financiers », écrit-elle.

À partir d’octobre, la grande période de renouvellement et de renégociation des lignes de crédit va commencer. Beaucoup s’attendent à ce que les financiers, brûlant facilement ce qu’ils ont adoré, imposent des conditions drastiques aux producteurs, exigent des remboursements anticipés, liquident leurs participations au plus vite, quitte à pousser les sociétés à la faillite. Des dizaines de milliers d’emplois ont déjà été supprimés depuis le début de l’année. Les cités minières qui avaient poussé comme des champignons dans le Dakota ou le Colorado sont en train de se vider à la même vitesse. Reverra-t-on des villes fantômes comme à la fin de la ruée vers l’or, comme le redoutent certains.

Les appétits pour l’exploitation de gaz et d’huile de schiste sont, en tout cas, bien morts. Alors qu’il y avait urgence, à en croire certains, à lancer l’exploitation de ces gisements non conventionnels en Europe, que les pétroliers et les lobbies faisaient miroiter à la Pologne, à la France, à l’Allemagne, à l’Ukraine, les milliards qu’ils allaient pouvoir engranger, que toutes les oppositions étaient qualifiées de passéistes, le sujet a brusquement disparu des écrans radars. La modernité, comme on nous la présentait, est à géométrie variable(…)

Article complet « Un été économique meurtrier (2/4). Pétrole : le pari perdu de l’Arabie saoudite » sur Mediapart

Ce contenu a été publié dans Articles de presse, aspects économiques, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>